Trump, le Brexit, la remise en cause massive de l’Union Européenne par toutes sortes de nationalismes. Cela s’arrêtera t-il ? Il faut l’espérer.

Un peu d’Europe

On se plaint de l’Europe. Qu’a donc fait l’Europe ?

Bah l’Europe, elle a fait la paix entre ses membres. J’aimerais que vous y pensiez vraiment : pour la première fois dans l’Histoire du continent européen, aucune des puissances majeures n’a connu de conflit armé de grande ampleur (guerre) sur son sol ou contre un de ses voisins.

Durant 1000 ans, l’Europe a été un champs de bataille sans fin, avec une ou des guerres entre la France, l’Allemagne (ou les états Allemands), l’Angleterre, l’Espagne, etc.

Donc pour la première fois depuis mille ans, au lieu d’envoyer des jeunes se battre et se faire tuer pour essayer de conquérir un bout de territoire quelconque, on les envoie pour s’éduquer, s’ouvrir au monde. Erasmus n’est pas seulement un programme éducatif. C’est aussi une façon de former des millions d’ambassadeurs amateurs. Ambassadeurs pour la paix, pour l’Europe, pour d’autres façons de penser.

Mais sinon …

  • Pour la première fois, la population du continent mange vraiment à sa faim, au moins en moyenne.
  • Le niveau d’éducation, niveau de santé et d’espérance de vie est le plus élevé de l’Histoire du continent, et, à l’heure actuelle, le niveau moyen le plus élevé sur Terre.
  • Le niveau de santé des femmes, mères de l’Humanité (taux de mortalité infantile et maternelle), est sans précédent.
  • On peut voyager, s’installer, étudier, travailler et vivre d’un bout à l’autre du continent sans trop de soucis.

Pour la première fois aussi, les femmes (en Europe) peuvent espérer vivre sans être violées. Oui, je ne le mets pas trop en avant celui-là. Il reste du chemin à faire. Mais regardons vraiment dans le passé. Le Moyen-Age n’était pas tendre question Droits des femmes - mariages forcés, droit de cuissage, viol commun. Et les périodes de guerre signifiaient aussi viol de guerre.

C’est vrai, c’est pas grand chose.

Quand je pense au processus de construction européenne, je ne peux m’empêcher de penser à un autre pays qui a fait la même chose : La Suisse. La Suisse a commencé de la même manière, à savoir des gens qui s’unissent pour se défendre, puis s’entendent sur quelques accords commerciaux. Aujourd’hui, la Suisse est l’un des pays les plus riches du monde par habitant, avec les indices de développement humains parmi les plus élevés. Ça leur a pris 500 ans. 500 ans durant lesquels ils ont été relativement en paix. Donc quand vous pensez que l’Europe n’a pas fait grand chose, j’ai tendance à penser qu’elle a au contraire fait énormément pour quelque chose qui est en fait un ado au plan politique.

J’aimerais également rappeler que l’Europe, c’est un patchwork institutionnel d’une bonne trentaine de nations et cultures différentes, chacune souhaitant naturellement défendre ses spécificités. La France veut protéger sa culture (le vin, les fromages, les livres, etc) quand la Grande-Bretagne veut surtout faire du business. La Scandinavie veut conserver son très équilibré système social quand l’Allemagne veut que les choses soit faites avec sérieux, de façon carrée. Tout ce monde là doit s’entendre.

Certes, l’Europe manque peut-être de démocratie. Mais quand même. Relisez donc les paragraphes au dessus, juste pour voir. Voila !

Un peu de démocratie

On voit que de nombreuses personnes ayant voté pour Trump ou pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne commencent à se dire qu’ils ou elles ont fait un mauvais choix. Et pour le coup, on ne peut pas dire que ce n’est pas la démocratie !

D’autres ont voté ainsi pour punir leurs gouvernements actuels. Scenario terriblement classique. Pas mieux !

Seulement, maintenant, il faut assumer. On peut difficilement demander plus de démocratie et se plaindre du résultat du vote.

D’ailleurs la démocratie, ce n’est pas juste une histoire de vote. J’ose même prétendre que c’est à peine ça !

La démocratie, c’est faire remonter les volontés du peuple, d’un pays, sa culture, l’inconscient collectif, et l’incarner dans un processus décisionnel.

C’est la raison pour laquelle on place tant d’importance dans l’école (même si devrait en fait faire tellement plus), la pensée critique, la liberté d’opinion et d’information en démocratie : une démocratie a besoin de citoyens éclairés pour la conduire.

Brexit ?

De nombreux partisans du Brexit ont voté pour en croyant pouvoir ainsi redevenir vraiment souverains.

Oui, mais d’un autre côté, le programme pro-Brexit était flou. Ils allaient enfin pouvoir maîtriser leurs frontières qu’ils disaient (tout en conservant l’accès au marché commun sur la base d’accords spécifiques…). À bas les standards européens. Récupérons notre fric. Soyons libres et souverains. À nouveau.

Comment imaginer que tu pourrais fermer ta frontière dans un sens (contrôle migratoire) tout en conservant l’accès au marché européen et donc 500 millions de clients ou travailleurs potentiels ? Y a pas comme une erreur logique, un truc qui vous frappe là ?

En se retirant de l’Union, le Royaume-Uni perdra aussi pouvoir de décision sur tout un corpus de normes industrielles et commerciales. Normes qu’il devra quand même respecter s’il souhaite continuer à faire du commerce sur le continent.

Le Royaume-Uni se targue aussi d’être une nation qui attire les meilleurs (Quelque part c’est pas terrible d’ailleurs de ne souhaiter attirer que les meilleurs). Comment allez-vous ainsi attirer les meilleurs si dans le même temps vous fermez vos frontières et si votre société en elle-même est moins accueillante ? Theresa May promet ça, mais je me demande franchement comment elle va tenir cette promesse paradoxale.

La recherche, les universités britanniques vont énormément pâtir du Brexit, puisque la collaboration avec le reste de l’UE se réduira fatalement.

Avant de voter Brexit, il eu fallu réfléchir à tout cela. Maintenant, il vous faut en payer le prix.

Trump

Donald Trump lui aussi s’est fait élire avec des promesses bizarres.

On va construire un mur avec le Mexique pour empêcher les Mexicains de venir passer de la drogue et travailler au noir chez nous. Et ce sera le Mexique qui le payera !

On reviendra sur l’idée de construire un mur pour arrêter des migrants. Si tu ferme la porte, il en passera par la fenêtre. Si tu n’as pas de fenêtre, il creusera un tunnel, passera au dessus, en dessous.

On passera aussi sur l’idée de revenir sur des accords commerciaux dans lesquels les USA sont massivement gagnants !

Mais bon, un peu de logique encore une fois. Comment tu vas faire payer à un autre pays la construction, sur ton territoire à toi, d’un ouvrage qui lui sera définitivement défavorable au plan commercial et humain ?

Comment avez-vous pu échapper au fait que Trump disait vraiment tout et son contraire ?

Comment avez-vous pu échapper à son mépris des femmes, des latinos, de ses propres employés, et de toutes les personnes qui ne sont pas vraiment des gagnants dans votre société ? Et en plus, il est possible, si vous avez voté pour lui, que vous soyez membre de cette catégorie sociale (les pas vraiment gagnants)!

N’avez-vous pas lu les journaux où il était question de toutes ses factures impayés ? Toutes les fois où il a été en faillite ? Où il n’a pas payé ses impôts ?

N’avez-vous pas vu à quel point il manquait de retenue, de sérieux ?

Et vous lui avez donné les clés du pouvoir ?

Aujourd’hui il est là, et c’est vous qui l’y avez placé. C’était bel et bien de la démocratie !

Alors quoi ?

De plus en plus de monde se plaint du manque de démocratie en Europe, aux USA et dans le monde. Comme si on la leur avait volé.

Ce n’est pas totalement faux.

Mais d’un autre côté, est-ce qu’on était vraiment si démocratiques auparavant ? La France, Nation des Droits de l’Homme, est et reste quand même une République pas mal aristocratique. Certes on a des cas d’ascension sociale, notamment un président de la République d’origines modestes.

Mais se plaindre de l’absense de transparence dans l’Union Européenne, de son côté technocratique, alors que nos histoires politiques nationales montrent bien les mêmes tendances, c’est pas mal hypocrite (La France des années 30, c’était copinage et négociations de couloir. Les contrats de construction de l’armée se négociaient autour d’une bouteille de gros rouge. On faisaient tourner les camions à vide pour être surs d’avoir la même quantité d’essence l’année suivante… Je continue ?).

On peut, aujourd’hui, travailler, chacun, à un monde plus démocratique. Mais encore faut-il y croire et ne pas se jeter dans des mirages ou des illusions.